Auguste Perret, l'architecte qui a donné une forme au béton armé

Au début du XXe siècle, le béton armé est une technique d'ingénieur, utilisée pour les entrepôts, les ponts et les planchers, et le plus souvent cachée derrière la pierre. Auguste Perret en fait un matériau d'architecture, exposé, dessiné, ordonné. De son premier immeuble parisien à la reconstruction du Havre, son œuvre éclaire aussi l'histoire du logement : une ossature porteuse libère le plan, et donc la manière d'habiter.
Un architecte qui construit
Né en 1874 à Ixelles, en Belgique, Auguste Perret est le fils d'un entrepreneur de maçonnerie. Il étudie à l'École des beaux-arts de Paris sans aller jusqu'au diplôme, et rejoint l'entreprise familiale avec ses frères Gustave et Claude. Cette double compétence est rare : l'agence Perret conçoit les bâtiments et l'entreprise les construit, ce qui permet d'expérimenter sur le chantier des solutions que d'autres architectes devaient confier à des ingénieurs. Le jeune Charles-Édouard Jeanneret, futur Le Corbusier, travaille dans son agence en 1908-1909 et y découvre le béton armé.
Rue Franklin : l'ossature en façade
L'immeuble du 25 bis rue Franklin, dans le 16e arrondissement de Paris, est dessiné en 1903 et construit de 1903 à 1905. Sa structure est une ossature de poteaux et de poutres en béton armé, que Perret ne dissimule pas : la façade en dessine la trame, les panneaux de remplissage étant revêtus de grès flammé à motifs végétaux, tandis que les poteaux reçoivent un revêtement lisse. Le céramiste Alexandre Bigot a fourni ces revêtements.
Le plan de l'immeuble est aussi une réponse au terrain. Plutôt que d'enfermer une cour sombre à l'arrière, Perret creuse la façade sur rue en forme de U : les pièces principales s'ouvrent sur la rue et la vue, et non sur une courette. Comme les murs intérieurs ne portent plus rien, les cloisons peuvent être disposées librement à chaque étage. Cette liberté du plan, que l'ossature rend possible, deviendra l'un des principes de l'architecture moderne.
Le béton monumental : le théâtre et l'église
Le Théâtre des Champs-Élysées, avenue Montaigne, est inauguré en 1913. Le projet a connu plusieurs architectes, dont le Belge Henry van de Velde, avant que les Perret ne le reprennent et ne le construisent en béton armé. La façade, revêtue de marbre, accueille les bas-reliefs d'Antoine Bourdelle. Quelques semaines après l'ouverture, en mai 1913, le théâtre accueille la création du Sacre du printemps par les Ballets russes.
Dix ans plus tard, l'église Notre-Dame du Raincy, en Seine-Saint-Denis, consacrée en 1923, pousse plus loin la démonstration : de minces poteaux de béton portent une voûte, et les murs sont remplacés par des claustras de béton garnis de vitraux, dus à Marguerite Huré. L'édifice, construit avec un budget limité, est souvent présenté comme l'une des premières grandes églises en béton armé apparent.
Un classicisme du béton
Perret ne rompt pas avec la tradition. Il cherche dans le béton l'équivalent de l'ordre classique : poteaux traités comme des colonnes, corniches, proportions réglées, attention portée à la surface du matériau, bouchardé, sablé ou mêlé de gravillons colorés. Cette position le distingue de la génération suivante, plus radicale, et explique pourquoi il a été tour à tour célébré comme un pionnier et critiqué comme un conservateur. Le bâtiment du Mobilier national à Paris (années 1930) et le musée des Travaux publics, aujourd'hui siège du Conseil économique, social et environnemental, illustrent cette période.
Le Havre : reconstruire une ville
Bombardé en 1944, le centre du Havre est en grande partie détruit. Perret est chargé de sa reconstruction, à la tête d'un atelier qui réunit de nombreux architectes. Le projet repose sur une trame régulière, sur la préfabrication d'éléments en béton et sur des immeubles d'habitation organisés autour d'îlots ouverts. Les logements, conçus dans l'urgence de l'après-guerre, offrent des plans rationnels, des pièces lumineuses et des équipements modernes pour l'époque.
L'église Saint-Joseph, dont la tour-lanterne domine la ville, est achevée après la mort de Perret, survenue en 1954. En 2005, l'UNESCO a inscrit sur la liste du patrimoine mondial « Le Havre, la ville reconstruite par Auguste Perret », saluant l'un des exemples les plus cohérents de reconstruction de l'après-guerre.
Au Havre, la ville propose la visite d'un appartement témoin, meublé et équipé comme au moment de la reconstruction, qui permet de voir de l'intérieur les logements conçus par l'atelier Perret : pièces de jour ouvertes les unes sur les autres, cuisine équipée, rangements intégrés, grandes fenêtres. Les immeubles d'habitation restent, pour le reste, des propriétés privées que l'on découvre depuis l'espace public, en suivant la trame régulière des rues et des places du centre reconstruit.
Ce que Perret dit au lecteur de plans d'aujourd'hui
Dans un immeuble à ossature, les murs porteurs se résument souvent aux poteaux, aux poutres et à quelques refends ; les cloisons, elles, peuvent être déplacées. C'est l'inverse d'un immeuble ancien en maçonnerie, où les murs épais portent les planchers. Savoir dans quel type de structure on se trouve change ce qu'il est possible de transformer dans un appartement. Les générations précédentes l'annonçaient déjà, avec le fer et la fonte d'Henri Labrouste, et l'immeuble à gradins de son contemporain Henri Sauvage en explore une autre conséquence : l'étagement des terrasses.
Sources
- UNESCO, Centre du patrimoine mondial, « Le Havre, la ville reconstruite par Auguste Perret », inscription en 2005 (consulté le 26 octobre 2026).
- Cité de l'architecture et du patrimoine, Centre d'archives d'architecture contemporaine, fonds Perret (Auguste et Gustave Perret), notice et inventaire.
- Ministère de la Culture, plateforme POP, notices de l'immeuble du 25 bis rue Franklin, du Théâtre des Champs-Élysées et de l'église Notre-Dame du Raincy.
Architectes & bâtimentsHenri Sauvage
Une villa Art nouveau à Nancy, des immeubles en gradins revêtus de céramique blanche à Paris : Henri Sauvage a cherché comment faire entrer air et lumière dans le logement urbain.
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Une salle de lecture sous deux voûtes de fer, une façade gravée de noms d'auteurs : la bibliothèque Sainte-Geneviève et la salle Labrouste, deux jalons de l'architecture du XIXe siècle.
Architectes & bâtimentsHector Guimard
Le Castel Béranger, immeuble de rapport dessiné jusqu'aux papiers peints, puis les entrées du métro de 1900 : l'Art nouveau d'Hector Guimard, de l'appartement à la rue.