Hector Guimard, l'Art nouveau du Castel Béranger aux entrées du métro

Rares sont les architectes dont le style a été adopté par toute une ville au point d'en devenir un symbole. Hector Guimard est de ceux-là : ses entrées de métro en fonte verte sont reconnues bien au-delà de Paris. Avant elles, il avait conçu des immeubles d'habitation dessinés jusqu'au moindre détail, qui posent une question toujours actuelle : jusqu'où un architecte doit-il dessiner l'intérieur d'un logement ?
Un architecte de l'œuvre totale
Né à Lyon en 1867, Hector Guimard étudie à l'École nationale des arts décoratifs puis à l'École des beaux-arts de Paris. Au milieu des années 1890, la découverte de l'architecture de Victor Horta à Bruxelles, où l'ornement végétal et la structure métallique ne font plus qu'un, oriente son travail. Guimard veut une architecture où chaque élément, de la structure à la serrure, procède d'un même dessin : les lignes courbes, inspirées des formes végétales, passent de la façade aux grilles, des cheminées aux meubles.
Le Castel Béranger, un immeuble de rapport manifeste
Le Castel Béranger, situé rue La Fontaine dans le 16e arrondissement, est construit de 1895 à 1898. Ce n'est ni un palais ni une villa, mais un immeuble de rapport, c'est-à-dire un immeuble d'appartements à louer, comme il s'en construit des milliers à Paris à la même époque. Guimard en fait pourtant un manifeste. La façade combine pierre, brique, meulière et fonte ; les fers forgés des balcons et de la porte d'entrée dessinent des formes végétales et abstraites ; à l'intérieur, l'architecte conçoit les vitraux, les papiers peints, les cheminées, les poignées de porte et les numéros des appartements.
L'immeuble est primé en 1898 au concours de façades organisé par la Ville de Paris, et Guimard publie la même année un album de planches en couleurs qui le présente comme « l'art dans l'habitation moderne ». La réception est contrastée : l'immeuble attire les curieux et les critiques, et certains le surnomment le « Castel Dérangé ». Les appartements eux-mêmes restent de plan assez classique : l'innovation tient surtout à l'unité du décor.
Ce soin porté à l'habitat ordinaire rapproche Guimard des artisans de l'École de Nancy, qui défendent au même moment l'idée d'un art appliqué à tous les objets de la maison.
Les entrées du métro : l'Art nouveau dans la rue
En 1900, la première ligne du métro de Paris ouvre pour l'Exposition universelle. La Compagnie du chemin de fer métropolitain de Paris confie à Guimard le dessin des accès aux stations. Sa réponse est industrielle autant qu'artistique : des éléments de fonte moulée, standardisés et assemblables, permettent de composer des entourages de tailles différentes, avec ou sans abri vitré. Les candélabres en forme de tiges végétales portant des globes lumineux, les cartouches et le lettrage « Métropolitain » appartiennent au même système.
Trois grands types coexistent : les entourages découverts, simples balustrades autour de l'escalier ; les entourages surmontés d'une marquise de verre ; et les édicules, véritables pavillons fermés. Selon les chiffres publiés par la RATP, 167 accès Guimard ont été réalisés, dont 166 entre 1900 et 1922 et un dernier en 2000, place Sainte-Opportune ; 88 subsistent, dont 86 inscrits au titre des monuments historiques depuis 1978. Seuls deux édicules existent encore : celui de la station Porte Dauphine, resté à son emplacement d'origine, et celui de la station Abbesses, qui provient de la station Hôtel de Ville.
Le style de Guimard a pourtant été contesté dès le début du siècle, et la compagnie s'est ensuite tournée vers d'autres architectes pour ses accès. Une partie des entrées a disparu au cours du XXe siècle, avant que leur valeur patrimoniale soit reconnue. Le statut qui les protège aujourd'hui est décrit dans notre article « Classé ou inscrit ».
Après l'Art nouveau
Guimard continue de construire à Paris : immeubles d'habitation, hôtels particuliers, dont celui qu'il conçoit pour lui-même avenue Mozart, et la synagogue de la rue Pavée, dans le Marais, construite au début des années 1910. Dans les années 1920, son style se simplifie, et il s'intéresse à la standardisation d'éléments de construction pour le logement. Il quitte la France pour New York en 1938 et y meurt en 1942. Son œuvre, longtemps négligée, a été réévaluée à partir des années 1960 et 1970.
Voir Guimard aujourd'hui
Le Castel Béranger et les autres immeubles de Guimard sont des propriétés privées habitées : on en apprécie les façades, les portes et les ferronneries depuis la rue, notamment dans le 16e arrondissement, où se concentre une grande partie de son œuvre. Les entrées du métro se découvrent en voyageant : l'édicule de Porte Dauphine sur la ligne 2, celui d'Abbesses sur la ligne 12, et de nombreux entourages sur les lignes ouvertes au début du XXe siècle. Le musée d'Orsay conserve des meubles et des objets dessinés par Guimard, qui permettent de voir de près comment il passait de l'architecture au mobilier.
Ce que Guimard apprend sur l'habitat
Le Castel Béranger pose une question que tout acheteur d'un appartement ancien rencontre : faut-il conserver les décors d'origine, cheminées, vitraux, ferronneries, ou les sacrifier à un plan plus pratique ? Chez Guimard, le décor et l'architecture sont indissociables, et c'est ce qui en fait la valeur. Ailleurs, ce dilemme se pose à chaque rénovation. Son contemporain Auguste Perret choisira une voie opposée, en faisant de la structure elle-même l'ornement, tandis qu'Henri Sauvage, passé lui aussi par l'Art nouveau, se tournera vers le logement social et la céramique.
Sources
- RATP, « Hector Guimard », page patrimoine (nombre d'entrées réalisées, conservées et protégées ; consultée le 26 octobre 2026).
- Ministère de la Culture, plateforme POP, notices des accès du métropolitain (protection de 1978) et du Castel Béranger.
- Hector Guimard, Le Castel Béranger, l'art dans l'habitation moderne, Paris, 1898 (album de planches).
- Musée d'Orsay, collections et dossiers documentaires consacrés à Hector Guimard.
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