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L'École de Nancy : l'Art nouveau dans les objets de la maison

Design, objets & livres · Publié le 2026-10-26

Meuble d'appui en bois précieux aux formes courbes, avec des ferrures en bronze doré évoquant des nénuphars
Louis Majorelle, meuble d'appui au décor de nénuphars. Domaine public.

Une lampe en verre gravé de libellules, un buffet dont les poignées de bronze imitent des nénuphars, un vitrail de fougères dans une cage d'escalier : autour de 1900, des artisans et industriels de Nancy ont voulu faire de chaque objet du foyer une œuvre inspirée de la nature. Réunis en 1901 sous le nom d'Alliance provinciale des industries d'art, ils sont restés dans l'histoire comme l'École de Nancy.

Une ville, une génération

Après la guerre de 1870 et l'annexion de l'Alsace et d'une partie de la Lorraine par l'Empire allemand, Nancy devient une ville frontière qui accueille de nombreux habitants venus des territoires annexés. Elle connaît alors une forte croissance démographique et économique. Dans ce contexte, une génération d'artistes et d'industriels développe des ateliers et des manufactures qui travaillent le verre, le bois, le métal, la céramique.

Le verrier et ébéniste Émile Gallé (1846-1904), formé à la botanique, en est la figure centrale. Ses vases, ses lampes et ses meubles marquetés reprennent des plantes et des insectes identifiés avec exactitude, souvent accompagnés de vers de poètes. Les frères Auguste et Antonin Daum dirigent une verrerie qui adopte le même répertoire. L'ébéniste Louis Majorelle (1859-1926) transforme l'entreprise familiale de meubles en une manufacture capable de produire à la fois des pièces d'exception et des séries plus accessibles.

L'Alliance de 1901

En février 1901, ces créateurs se regroupent dans l'Alliance provinciale des industries d'art, présidée par Gallé. Son objectif est double : défendre un art décoratif moderne, nourri de la nature et non de la copie des styles anciens, et soutenir les industries d'art de la région face à la concurrence parisienne. Le mouvement réunit des artistes aussi divers que l'ébéniste Eugène Vallin, le maître verrier Jacques Gruber, le peintre et sculpteur Victor Prouvé, ainsi que des architectes. Il organise des expositions, à Nancy et à Paris, et défend l'enseignement des arts appliqués.

L'idée centrale est celle d'un art pour la maison entière : la façade, la cage d'escalier, le vitrail, la cheminée, le meuble, la lampe et le vase participent d'un même décor. C'est la même ambition que celle d'Hector Guimard à Paris, à la même époque, avec un vocabulaire plus naturaliste.

La nature comme modèle

Ombelles, fougères, nénuphars, pommes de pin, libellules, chardons lorrains : les motifs de l'École de Nancy sont empruntés à la flore et à la faune locales. Ils ne se contentent pas d'orner l'objet, ils en dictent souvent la forme. Un pied de table devient une tige, une poignée une feuille, un abat-jour une corolle. Le meuble aux nénuphars de Majorelle qui illustre cet article en est un exemple : les ferrures en bronze doré reprennent les feuilles et les fleurs de la plante aquatique, et accompagnent les courbes du bois.

Cette approche a un coût. Beaucoup de pièces demandent des savoir-faire rares : marqueterie, verre multicouche gravé à l'acide, bronze ciselé. Les manufactures nancéiennes ont développé des séries, mais les objets les plus élaborés sont restés réservés à une clientèle aisée.

Industrie ou artisanat d'art ?

L'École de Nancy et la production industrielle viennoise de Thonet incarnent deux réponses opposées à la même question : comment meubler les intérieurs modernes ? D'un côté, des objets uniques ou de petite série, riches de sens et de savoir-faire ; de l'autre, des objets standard, simples et bon marché, comme la chaise n° 14. Au cours des années 1910 et 1920, le goût évolue vers des formes plus géométriques, et l'Art nouveau passe de mode. Il faudra attendre la seconde moitié du XXe siècle pour que ses objets soient de nouveau collectionnés et étudiés.

Voir l'École de Nancy aujourd'hui

L'Art nouveau dans un appartement d'aujourd'hui

À Nancy comme dans d'autres villes, de nombreux immeubles et maisons du début du XXe siècle conservent des éléments de cette époque : vitraux de cage d'escalier, portes et impostes ferronnées, cheminées à décor végétal, carrelages et faïences. Lors d'une rénovation, ces éléments sont souvent les premiers menacés, parce qu'ils semblent fragiles ou démodés. Ils font pourtant le caractère d'un logement et sont difficiles à remplacer. Les restaurer demande des artisans spécialisés, maîtres verriers, ferronniers, ébénistes ; les recenser avant les travaux, photographies à l'appui, permet au moins de décider en connaissance de cause. Lorsque l'immeuble est protégé au titre des monuments historiques ou situé dans un site patrimonial remarquable, certaines de ces interventions relèvent d'ailleurs d'une autorisation.

Reconnaître un objet de l'École de Nancy

Les signatures (Gallé, Daum Nancy, L. Majorelle) sont fréquentes, mais elles ont aussi été imitées, et la maison Gallé a continué de produire après la mort de son fondateur, jusqu'à l'arrêt de la fabrication du verre en 1931. Les ouvrages de référence, les catalogues de musées et les spécialistes permettent seuls d'authentifier une pièce. Pour approfondir, les catalogues des musées de Nancy et quelques livres de notre sélection de livres d'architecture et de design donnent des repères.

Sources